Personne n’avait prévu qu’une structure née en 1993, au cœur d’un secteur industriel réputé stable, dépasserait d’une tête la croissance de ses concurrents, année après année, sans faux pas. EROM ru, c’est aujourd’hui un chiffre d’affaires de 120 millions d’euros en 2022, bondissant de 18 % sur douze mois. 340 salariés portent la maison, dont l’immense majorité enracinée localement. L’entreprise ne se contente pas de fournir des composants industriels sur 200 kilomètres à la ronde : elle tisse, au fil du temps, un réseau qui pèse lourd dans la balance économique régionale. Ses alliances institutionnelles et son ancrage territorial lui donnent les moyens de peser sur le présent, et peut-être sur l’avenir.
EROM ru : d’un projet local à un acteur économique incontournable
Impossible de comprendre l’ascension d’EROM ru sans revenir à ses racines dans l’économie sociale et solidaire (ESS). Inspirée par les théories de figures comme Charles Gide ou Sylvio Gesell, la structure a été pensée comme une vraie alternative au modèle classique : ici, la gouvernance démocratique et l’utilité sociale ne relèvent pas du discours, mais de l’organisation quotidienne. La loi n°2014-856 a redéfini le périmètre du secteur, rassemblant associations, coopératives, mutuelles et sociétés commerciales partageant ces valeurs. EROM ru a su saisir cette opportunité, multipliant les partenariats et s’appuyant sur l’agrément ESUS pour accéder à des ressources dédiées.
Dans cette structure, la question du partage des richesses n’est pas un simple affichage. Les décisions majeures se discutent en assemblée, chaque membre pèse d’un poids identique, quelle que soit sa part au capital. Ce fonctionnement hérité des coopératives favorise la circulation de l’information et pousse l’ensemble des collaborateurs à s’impliquer dans les choix stratégiques.
Autre particularité : EROM ru s’est affirmée comme un terrain d’expérimentation sur la question monétaire. L’entreprise s’est engagée dans le développement des monnaies locales complémentaires, ces instruments reconnus par la loi ESS de 2014. Cette implication concrète démontre la capacité d’un acteur local à repenser les circuits d’échange, à l’image du Sol Violette lancé à Toulouse, du WIR suisse ou de SoNantes. Ici, les échanges ne filent plus hors du territoire : la richesse reste, circule, irrigue le tissu économique local.
Trois axes structurent ce positionnement :
- Gouvernance démocratique : chaque membre dispose d’un droit de vote égal.
- Utilité sociale : intégration des objectifs environnementaux et sociaux au modèle d’affaires.
- Partenariats ESS : coopération avec les chambres régionales et le Mouvement Sol.
L’agrément ESUS, la collaboration avec les directions régionales de l’économie et de l’emploi : ces reconnaissances institutionnelles sont venues légitimer la démarche. Le modèle ESS, plus que jamais, s’impose comme un levier structurant pour renforcer l’ancrage local et réinventer les pratiques économiques.
Quels sont les chiffres clés et l’impact concret d’EROM ru sur l’économie locale ?
Depuis 2008, le paysage des monnaies locales complémentaires s’est densifié, et EROM ru a pris toute sa part dans cette évolution. Les données varient selon les contextes : chaque territoire, chaque modèle, imprime sa marque. Quelques repères : à Toulouse, le Sol Violette circule cinq fois plus vite que l’euro ; en Suisse, le WIR irrigue depuis près d’un siècle les relations interentreprises ; à Nantes, SoNantes structure les paiements numériques entre acteurs locaux. EROM ru s’inscrit dans cette dynamique, encourageant la circulation de la richesse au plus près du terrain.
Pour mieux saisir cette influence, voici les principaux leviers activés :
- Dynamisation de l’économie locale : la monnaie complémentaire limite la fuite des capitaux et favorise la relocalisation des échanges.
- Effet d’entraînement : la reconnaissance par la loi ESS 2014 et l’agrément ESUS élargit le réseau de partenaires économiques.
- Objectifs sociaux et environnementaux : intégration du développement durable dans les critères d’éligibilité des acteurs acceptant la monnaie EROM ru.
Au-delà des chiffres, l’impact se mesure aussi dans la capacité à accélérer la transition écologique. Les travaux de Jérôme Blanc et Baptiste Perrissin Fabert montrent comment ces dispositifs accompagnent la mutation du tissu économique. Le Mouvement Sol fédère aujourd’hui plus de 80 collectivités françaises autour d’une même ambition. L’appui du CESE et du secrétariat d’État à l’ESS renforce la légitimité de la démarche. Les données restent parfois fragmentaires, mais une chose est claire : une nouvelle manière de penser l’économie locale se met en place, patiemment, mais sûrement. La suite s’écrit déjà dans les échanges, les votes et les décisions partagées.


